samedi 17 juillet 2010

C6. LAC PICHOLA à UDAIPUR (Poème) (17.07.10)



LAC PICHOLA à UDAIPUR

(poème)




A l'aube, tes yeux s'ouvrent
tu montes sur la terrasse
porté par le chant des oiseaux

Le lac frémit sous la brise
aigrettes et jabirus piétinent la vase
lorgnés par un chien en vadrouille

Tu es là, hypnotisé
par chaque seconde
dans la douceur de l'air

Où seras-tu demain ?
peu importe

Nous pouvons aller de lac en lac
parcourir le désert de Thar
ou quelques vallées himalayennes

Ce jour est unique
en sa gangue de soie fiévreuse
hors de prix, irremplaçable


Lionel Bonhouvrier.

vendredi 16 juillet 2010

C5. AVOIR le TEMPS (Poème, Udaipur, 16.07.10).



AVOIR le TEMPS

(poème)





1


avoir le temps
pour faire ou ne rien faire
ouvre le coeur
à l'instant germinal

il trouve sans chercher
en pleine confiance
le chercheur
d'éternité


2


avoir le temps
est
trésor inépuisable

celui qui
dépense le temps
sans compter
atteint le comble de la
générosité

il puise à la source, au secret
il se nourrit au lait du ciel

Lionel Bonhouvrier.

C4. HAIKUS d'UDAIPUR (16.07.2010).



HAIKUS d'UDAIPUR



Des pluies d'apocalypse
pure violence
rien d'autre ne compte plus


Plus d'air, plus un souffle

je monte sur la terrasse
la pluie ayant cessé


Mon coeur absorbe le cri des oiseaux
cela remonte des ténèbres du temps
comme de la vase au bord d'un lac


Trois pipits affolent un chien
par leurs cris de guerre
leurs attaques en piqué


Des nuages de pigeons
vont et viennent
par bourrasques


Un mainate - enfin
silencieux
un ver dans le bec


Lionel Bonhouvrier.

C3. Des TOURISTES (Udaipur) (16.07.2010).



Des TOURISTES (Udaipur).



1


Certains touristes s'imaginent
que les autres n'existent
que pour être photographiés

un refus de l'indigène
est incompréhensible

une demande d'argent
peut les faire réfléchir
l'argent a parfois du bon


2


Des mendiants font la manche
sous balcons et terrasses
des hôtels et des restaurants
donnant sur le lac

agacement des touristes
persuadés en leur richesse
d'être tranquilles quelque part
n'y avoir plus de comptes à rendre


Lionel Bonhouvrier.

jeudi 15 juillet 2010

C2. PETIT CONTE STRATEGIQUE (Udaipur). (15.07.10)



PETIT CONTE STRATÉGIQUE
(Udaipur).



Il était une fois à Udaipur...
... alors que je marche sur une berge du lac Pichola...
... un zébu, un âne et un chien m'abordent sans préambule.


D'une voix de sépulcre, le zébu m'annonce :
- "Nous venons de créer un Comité pour la sauvegarde écologique des lacs d'Udaipur. Voulez-vous en devenir le Président d'honneur ?"

Cela tombait mal.
Je méditais un plan stratégique de désengagement des présidences où mon sens du devoir m'avait appelé.
Ces trois forbans allait buter sur un os.

-"Chers collègues, la question est d'une importance vitale. Avez-vous des représentants des buffles d'eau dans votre Comité ?"
Un peu de zizanie m'éviterait la corvée d'une présidence supplémentaire.

Le zébu grogne de colère :
-"Ne m'en parlez pas ! Pour contrer notre Comité, ils viennent de créer le leur, uniquement composé de buffles d'eau. Ils prétendent qu'on ne peut rien faire sans eux. Quelle racaille !"

-"Chers collègues, ont-ils tord, dans le fond ? Votre Comité doit s'élargir jusqu'à devenir incontournable. Alors, les buffles d'eau devront fusionner avec vous."

Le chien se tourne vers le zébu :
-"C'est la meilleure tactique ! Pour l'instant, les aigles nous snobent. Mais les corneilles sont prêtes à adhérer. Ce sera plus facile alors de faire basculer les pigeons !"

L'âne opine du chef :
-"Comme le général Bonaparte l'annonçait avant Rivoli..."

-"Qui parle de Bonaparte ?", coupe le zébu. Puis sa voix devient de miel :
-"Nous savons que ce Congrès international vous occupe. Maître, votre célébrité nous serait d'un grand secours !"

-"Les buffles d'eau viendraient nous brouter dans la patte !", s'exalte le chien.

L'âne brait de plaisir : "Selon Clausewitz, la guerre suppose des ennemis. Or..."

-"Qui parle de Clausewitz ?", hurle le zébu. "Maître, pardonnez-lui ! Notre ami passe des nuits blanches à lire Jomini et compagnie. Revenons à nos moutons..."

-"Qui parle de moutons ?", réplique l'âne. De dépit, il se met à brouter.

-"Mes amis, chers collègues ! J'admire votre dévouement pour une sainte cause. Soyez assurés de mon respect. Justement, je méditais la conférence de clôture de cet important Congrès..."

Le chien jappe aussitôt : "Maître, nous ne voulons pas vous déranger davantage. Nous nous retirons humblement..."

-"Mais il faut sauver les lacs d'Udaipur !", lance l'âne en un lamento tragique.

Le zébu approuve l'âne.
Et le trio s'en retourne vers le nord, porter la bonne parole de mon ralliement inespéré.

Qu'est-ce qu'un incognito ?
Tant de crétins dépouillent les journaux ou les sites internet, que le désert de Thar n'offre plus un refuge inviolable.

J'accélère le pas, car il est temps de changer d'hôtel.
Et de trouver un mensonge acceptable pour les confrères de ce putain de Congrès.

D'après Liddell Hart...


Lionel Bonhouvrier.

samedi 10 juillet 2010

C1. RETOUR à UDAIPUR (Poème),(09.07.2010).


RETOUR à UDAIPUR

(poème)


pour PRIYA


parce que le temps me fait grâce
parce que ses pirouettes
brisent nos fragiles testaments
parce qu'habiter un corps et une âme
se mérite
retour à Udaipur

les heures avec Priya rythment
la marche dans la fraîcheur des jardins
aux longos facétieux
et sur les rives du lac Pichola
les jambes oscillent
aux pulsations du silence

que passé et futur ferment boutiques
le chant des oiseaux approuve
l'enfant du présent
méditer au temple de Kali Mata
- comme le vol plané d'un aigle -
font éclater la grenade du temps

jetons les téléphones portables
au fond du lac
parce que ceux qui ne comprennent pas
devront singer le temps
en ce palais des miroirs
au cour des millénaires

après sept voyages en Inde
le présent cligne son oeil de cyclope :
"alors, Léonidas, toujours d'attaque ?"
parce que les guerriers du temps
méditent
avant de regarder la mort en face
je porte une fleur en signe de deuil
qui respire son parfum d'absolu
est condamné de toute éternité

parce que le temps m'invite à la prière
je fouille l'instant au coeur de braise
parce que
parce que nos silhouettes tremblent
dans l'obscurité mauve
au sommet de buildings en flammes
et que la danse de Shiva incendie l'espace
retour à Udaipur



Lionel Bonhouvrier.

jeudi 8 juillet 2010

B4. DIALOGUE entre VOYAGEURS (Jaipur, 08.07.2010).


DIALOGUE entre VOYAGEURS

(JAIPUR)




Elle :
- "Mon amie et moi, nous aimerions faire votre connaissance. Pourquoi pas en soirée pour le dîner ?"
Lui :
- "J'accepte avec grand plaisir ! Converser en français me fera oublier mon anglais poussif et mes tentatives pour baragouiner en hindi..."
- Vous êtes un esprit ironique !
- Je me moque de moi-même, non des autres. Disons : "esprit humoresque" !

- Que faites-vous dans la vie ?
- Je voyage. Je bois beaucoup à cause de la chaleur. Je me douche à tous propos. En somme, je voyage d'une douche à l'autre...
- Mais que faites-vous en dehors de voyager ?
- Je me rase le moins souvent possible. Ce n'est pas bon pour le moral. Et les barbiers sont payés pour cela !

- Je voulais dire : avez-vous un métier ?
- Je crains que non. J'exerce comme professeur d'histoire. Je raconte des histoires à des élèves. Trouvez-vous cela un métier sérieux ?
- Êtes-vous toujours aussi ironique avec...
- Humoresque !
- Oui, humoresque... Est-ce inné, ou jouez-vous un rôle pour la galerie ?
- Cette question me dépasse. Je préfère vous laisser juge, ne pas arbitrer entre l'inné et l'acquis !

- Quels sont vos rapports avec les femmes ?
- Ce sont des êtres avec lesquels les rapports peuvent être profonds, voire jouissifs !
- Pas très subtile, cette allusion sexuelle !
- Le sexe n'a que faire de subtilité. Quand il est irradiation de deux consciences (mais c'est rare !), on peut lui consacrer une partie de son emploi du temps...

- Comment me trouvez-vous, physiquement ?
- Attirante... Mais doit-on faire l'amour avec toute femme que l'on trouve à son goût ? S'abstenir est la preuve d'un goût plus sur !
- Si je veux, je vous mets dans mon lit dans les 48 heures !
- Une telle assurance est précieuse. Mais que faites-vous de ma liberté ? Un trop bon marche, je le crains !

- Ne trouvez-vous pas les femmes bien supérieures aux hommes ?
- Cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Je vous promets d'y réfléchir !

- Qu'admirez-vous le plus chez les femmes ?
- Leur faculté à poser des questions !
- Et que détestez-vous le plus ?
- Leur manque d'égards pour le silence.
- Vous me reprochez d'être trop bavarde ?
- Interroger le silence, de question en question, est plus enrichissant pour l'esprit.

- Mais cela m'intéresse de vous interroger !
- Je souhaite que mes réponses soient à la hauteur de la haute opinion que vous avez de vous-même !
- Cette remarque manque vraiment d'élégance!
- Je tente de cultiver la vérité, ne me blâmez pas trop !

- Pensez-vous que la vérité soit supérieure à tout ?
- Tout homme doit rechercher la vérité et la justice.
- Et l'amour ?
- L'amour est une autre forme du silence et de la solitude.


Lionel Bonhouvrier.